Biais cognitifs

C’est peut-être l’un des paradoxes de nos sociétés hyper connectées, hyper informées : plus on croit savoir, moins on sait. Les sciences sociales ont analysé ces cas de dissonances cognitives, renouvelant le vieux problème moral d’Ovide tentant de comprendre pourquoi alors qu’il voit le bien et l’approuve, il finit par faire le mal. Les alarmes portées par les rapports successifs du GIEC, les documentaires multiples ont beau nous évoquer la possible quatrième extinction massive des espèces, nous continuons à feindre d’ignorer le problème, à détourner les yeux quand la planète brûle, comme le chantait le groupe Midnight Oil.

Le gouvernement et les médias dominants semblent également atteint de ce syndrome : depuis 19 semaines ils espèrent la fin du mouvement des gilets jaunes. Malgré un arsenal répressif inédit depuis les grèves de mineurs de 1947, et une propagande visant à terrifier les manifestants, le mouvement continue et reste massivement soutenu. Le week-end du 16 mars, le gouvernement a tenté d’opposer les gentils marcheurs inoffensifs pour le climat aux méchants gilets jaunes. Quiconque a participé à ces marches a pourtant vu la convergence des slogans et la présence de nombreux gilets jaunes dans les défilés pour le climat. Ces deux causes sont intimement liées. N’oublions pas que dans le monde 10 % des plus riches produisent 50 % des GES (Gaz à effet de serre) et qu’à l’inverse les 50 % les plus pauvres ne produisent que 10 % des GES La haine de classe çà suffit ! Lors des catastrophes climatiques ce sont toujours les populations les plus défavorisées qui paient le prix le plus lourd.

Peut-être sortirons-nous de ces aveuglements du fait de la mobilisation de ceux qui ont le plus à perdre. La jeunesse, les classes populaire, éprouvent affectivement, matériellement, le danger du changement climatique. Contrairement aux technocrates et oligarques qui n’y voient que des variables dans des tableaux, mettant sur le même plan indices boursiers, chiffres d’affaires et courbes sur la disparition des espèces, ils ressentent l’urgence, ils la vivent. La politique a ici besoin de moins de froideur et de plus de passions. Dans l’action concrète et dans la mobilisation se rejoignent les constats et les solutions. Marx disait qu’une époque ne se posait que les problèmes qu’elle pouvait résoudre : les pancartes des manifestations de la jeunesse et des gilets jaunes posent les bonnes questions. Nous y sommes, le déni est dépassé.

Benoit Schneckenburger

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