7 000 signatures pour nationaliser Arjowiggins

En 1824, Bessé-sur-Braye compte un peu plus de 2 200 habitants, c'est dans ce village situé au sud-est de la Sarthe, le long de la rivière la Braye, que s'installe la papeterie. Si la commune est isolée (pas de ville importante à proximité, Le Mans est à 50 km), elle dispose cependant d'un atout considérable : il existe une voie de chemin de fer, l'ancienne ligne Chartres-Bordeaux qui lui permettra d'expédier ses productions. Au fur et mesure des années l'entreprise va connaître un développement continu et des propriétaires multiples. Elle finira dans le giron du groupe Arjo Wiggins, leader mondial de la fabrication de papiers techniques. Ce dernier a réalisé un chiffre d'affaires de 562 millions d'euros en 2017. Arjowiggins est par ailleurs une filiale à 100% de Sequana. La papeterie de Bessé qui compte 568 salariés est spécialisée depuis 1893 dans la fabrique de papiers couchés, s'y ajouteront le papier recyclé, le papier pour cartes à jouer, le papier ignifugé, le numérique.

Les années 90, 2000, 2010 vont être marquées par la multiplication des « restructurations ». L’État n'est pas absent de ce « mécano industriel » puisque BPIfrance est actionnaire de Sequana à hauteur de 15,4% avec 17,2% des droits de vote. La responsabilité de l’Etat face au pillage organisé d’Arjowiggins par Sequana est grande.

Le 7 janvier 2019, deux sites sarthois ont été placés en redressement judiciaire, la papeterie du Bourray à Saint-Mars-la-Brière (262 emplois) spécialisée dans la fabrication de papier ouate blanche ou de couleur, et la papeterie de Bessé. Au final, un repreneur Suédois se montrera intéressé, mais ne parviendra pas à réunir les fonds. Pourtant l’État, la Région, le Département, les collectivités locales étaient disposées à réunir 25 millions d'Euros. Mais une règle européenne impose, pour respecter la « concurrence libre et non faussée » qu'un investissement d'un euro public soit accompagné d'un euro privé ! Le 29 mars dernier le couperet tombe la papeterie de Bessé-sur-Brayé, âgée de 195 ans est liquidée : près de 600 salariés licenciés. Celle de Saint-Mars-la-Brière est reprise par un industriel sarthois avec tout de même 143 licenciements. Cette situation catastrophique pour la Sarthe (plus de 700 emplois directs détruits sans compter les emplois induits) l'est aussi pour le pays, il n'y a plus aujourd'hui de papiers recyclés fabriqués en France ! Editeurs et imprimeurs soucieux de la transition écologique se retrouvent ainsi privés de leur fournisseur dont ils étaient satisfaits. La logique financière joue ainsi contre l’intérêt général.

La colère est grande. Un appel citoyen signé par plus de 7 000 personnes exige une nationalisation temporaire du site pour éviter la vente à la découpe des actifs (machines, brevets, terrain). Et rendre ainsi possible un projet de reprise pour que vive l’usine et au-delà, tout un bassin de vie. La France insoumise a apporté son soutien à cette initiative au niveau local par la voix de Matthias Tavel candidat aux élections européennes, et au niveau national avec une rencontre entre les initiateurs de l’appel et Alexis Corbière, député et porte-parole de Jean-Luc Mélenchon le 17 mai au Mans.

Eric Jamet

Lire et signer l’appel pour la nationalisation temporaire : https://www.mesopinions.com/petition/politique/appel-citoyen-faut-sauver-arjo-wiggins/64263?fbclid=IwAR0OR5SSGuXUZQb2-qF7YfPRzSkBfBll6VF6PcVEvGoT2Ub3ykMf3uvhYbg

Lire l’édito de Matthias Tavel : « Industrie, tout doit disparaître ? » https://heuredupeuple.fr/industrie-tout-doit-disparaitre/

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