Le 21 novembre 1924, grève des sardinières.

L’histoire de la grande grève des sardinières de Douarnenez raconte comment la solidarité et le courage sont parvenus à faire plier un patronat qui se pensait alors de « droit divin ». En 1924, près de 2000 ouvrières sont employées dans les conserveries de cette petite commune du Finistère. Les conditions de travail de celles que l’on surnomme les « Penn Sardines », Têtes de sardines, sont éreintantes. Debout toute la journée, parfois pendant 15 heures, elles doivent supporter cadences et odeurs. Rémunérées 80 centimes de l’heure, elles sont véritablement exploitées. Non syndiquées et peu informées sur leurs droits, les sardinières représentent une main d’œuvre corvéable à merci.

Cependant, le 21 novembre 1924 elles se mettent en grève. Revalorisation salariale et respect du paiement des heures supplémentaires sont leurs principales revendications. Elles peuvent compter sur le soutien des ouvriers et des marins pécheurs qui manifestent à plusieurs reprises à leurs côtés. Par ailleurs, depuis 1921, Douarnenez est la première municipalité communiste de France. À l’heure d’entamer le rapport de force avec le patronat, les ouvrières disposent donc d’appuis politiques. Mais, les usiniers restent inflexibles. Ni l’importante mobilisation, ni la tentative d’arbitrage du gouvernement n’aboutissent. Ils ne comptent pas reculer face à des femmes, qui plus est soutenues par des communistes.

Face à cette impasse, ils décident alors de faire appel à des briseurs de grève afin de pourrir le mouvement. Ceux-ci se présentent aux portes des ateliers et pendant plusieurs jours provoquent des incidents mineurs dans la ville. Mais le 1er janvier 1925, ils sont à l’origine d’une échauffourée durant laquelle des coups de feu sont tirés et le maire, Daniel Le Flanchec, touché. Cet incident provoque alors de véritables scènes d’émeutes dans la commune. Malgré la violence des récents événements et la montée de la colère, le patronat ne cède toujours pas. La solidarité non plus. Des soupes populaires sont organisées par la municipalité et des dons affluent de toute la France. La détermination des grévistes se voit alors renforcée. Le 6 janvier, contre toute attente, les usiniers acceptent le passage du salaire à 1 franc de l’heure ainsi que le paiement des heures supplémentaires et du travail de nuit. Après 6 semaines de lutte, les sardinières décident de reprendre le chemin de l’usine.

Matthieu Lépine

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