L’heure des congés

Pour A Gauche, l’année se termine. La parution reprendra fin août lors du Remue Méninges et des Estivales de Grenoble. Le gouvernement n’est pas censé, lui, s’arrêter. Il en aurait pourtant bien besoin. C’est une équipe en lambeaux. Hollande et Ayrault battent des records d’impopularité. Un vent de panique se lève au sein du parti majoritaire qui voit venir avec angoisse les municipales. De plus en plus de députés PS expriment leur mécontentement. Est-ce la fatalité du pouvoir ? Non c’est celle de l’austérité.

L’austérité est un lent étranglement. Vous souvenez-vous qu’Hollande avait promis pour son quinquennat deux ans d’effort avant trois de réconfort ? En réalité, c’est tour de vis sur tour de vis, sans fin. Le prochain est annoncé pour l’automne. Les ministres ont donc passé de sales semaines à se battre entre eux pour que le rasoir s’abatte sur le voisin. Comme il le faisait au PS, Hollande se réjouit de cette zizanie qui assure sa prééminence. Mais à la rentrée, il faudra que ces petits soldats du gouvernement fassent le service après-vente de ces absurdes décisions comptables auprès d’agents qui voient bien qu’elles desservent l’intérêt général. Dans ces conditions, difficile d’avoir la pêche.

Delphine Batho aura, elle, droit à des vacances. En critiquant le projet de budget, l’ex ministre espérait « provoquer une discussion ». C’est tout à son honneur. Mais on ne discute pas avec l’austérité. Elle s’impose par le biais d’un savant dispositif qui démarre au sein de l’Union Européenne. C’est la Commission non élue de Bruxelles qui établit les recommandations aux États en déficit excessif, c’est-à-dire presque tous. Les éventuelles sanctions qu’elle soumet au Conseil sont devenues quasiment automatiques. Discutées, elles ne passeraient pas ! En France, il y a la « règle d’or ». Mais si le peuple n’en peut plus ? Hollande sait bien que l’austérité ne peut que mécontenter. Après son élection, il n’a jamais cherché à s’adresser aux électeurs du Front de Gauche sans qui il n’aurait pas été élu. Puis il a sciemment renoncé à regagner la confiance de ses électeurs de premier tour qui voulaient une autre politique. Son seul objectif est d’obtenir le silence dans les rangs du gouvernement et de sa majorité. « Si vous n’êtes pas contents, vous pouvez prendre la porte » : voilà le message du limogeage de Batho. Le PS commence à sentir la tenaille qui le brisera. D’un côté, le mécontentement populaire le pousse à prendre ses distances. De l’autre, les austéritaires sanctionnent tout écart.

Avec l’éviction de Batho, l’austérité devient le principe suprême. Ce n’est pas la solidarité gouvernementale qui est en cause. On peut insulter le Premier ministre et garder sa place puisque Montebourg fit savoir qu’il avait accusé Ayrault de « faire chier tout le monde » avec son aéroport. On peut frauder le fisc et être maintenu de longues semaines. On peut s’endormir dans les conseils européens et accepter une taxe sur tous les dépôts chypriotes. On peut refuser le survol du territoire à un président de gauche légitimement élu. On peut être incapable d’obtenir la suspension des négociations du Grand Marché Transatlantique malgré l’espionnage de la délégation européenne par les États-Unis. On peut être durablement inapte à inverser la courbe du chômage. Mais contester l’austérité tient du sacrilège. Nous avions un monarque républicain. Le voilà maintenant doté d’une Église officielle. Le pire c’est qu’il paraît qu’ils ne partent pas en vacances.

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