Des législatives malades de la Ve République

Analyse des résultats du 1er tour

La majorité des Français s'est abstenue. Et une majorité absolue est pourtant promise à l'issue de ce 1er tour pour un parti n'ayant réuni les suffrages que de 15 % des citoyens inscrits sur les listes électorales. Ce serait une faille démocratique sans précédent que les pleins pouvoirs soient ainsi donnés à l'issue du 2nd tour à un pouvoir avec une légitimité civique aussi faible. Jamais président et gouvernement sous la Ve République n'ont dirigé le pays avec une base sociale aussi étroite. Ce sera un facteur de grande instabilité car le consentement du peuple à leur politique sera très limité. Ces résultats de 1er tour révèlent ainsi avec force la poursuite de la crise politique et institutionnelle de la Ve République.

Une abstention record

Avec 51,3 % l'abstention atteint un niveau jamais égalé lors d'une élection législative. Cela compromet fortement la légitimité même du scrutin. Et cela fragilise l’institution parlementaire elle-même pour le futur quinquennat alors que le Président a déjà annoncé qu’il était prêt à la malmener autant que la Constitution de 1958 le lui permet. Dans la quasi-totalité des circonscriptions les candidats qualifiés pour le 2nd tour, et singulièrement les candidats de Macron arrivés en tête obtiennent moins de 20 % des suffrages des inscrits et même moins de 10 % dans de nombreuses circonscriptions populaires comme en Seine-Saint-Denis ou dans les Bouches du Rhône. Dans les quartiers nord de Marseille, l’abstention grimpe même à 67 % signe du mépris des quartiers populaires pour le phénomène Macron.

Le PS liquidé par les citoyens

Ces législatives confirment le « dégagisme » exprimé à la présidentielle contre les deux partis piliers de la Ve République : Les Républicains (LR) et surtout le Parti Socialiste (PS). Bien sûr, la débâcle du PS est la plus évidente : avec à peine 7,4% des voix, il obtient le plus mauvais score de son histoire pour des législatives. Il arrive une nouvelle fois 5e, comme à la présidentielle, et une nouvelle fois derrière la France insoumise. Il comptera à peine 65 candidats au 2nd tour malgré environ 300 sortants ! Et encore, de très nombreux candidats PS ont été qualifiés parce que La République en marche (LREM) ne présentait pas de candidat contre eux. C’est le cas des anciens ministres Le Foll, Touraine, El Khomri ou Valls. Pour le reste, la déroute du PS n’épargne aucun territoire ni aucun courant. Le PS perd ses 18 sortants du Nord-Pas de Calais dès le 1er  tour. Son 1er secrétaire Cambadelis et son secrétaire national aux élections Borgel sont éliminés notamment par la France insoumise. Les « frondeurs » ne résistent pas mieux : Hamon, Cherki ou Filippetti sont balayés. C’est aussi le cas de leurs alliés comme Duflot (EELV) et des candidats soutenus par Hamon comme Caroline de Haas, devancée devancée notamment par la France insoumise (FI).

LR absorbé

Mais la lame de fond est plus large que le seul PS. Au total, PS et LR n’obtiennent que 5,2 millions de voix contre près de 15 millions en 2012. Ils divisent leur score par trois : en 2012, un électeur inscrit sur trois votait pour eux, ils ne sont plus qu’un sur dix cette année. Alors qu’ils avaient plus de 80% des sièges dans l’Assemblée sortante, ils ne devraient à eux deux n’en détenir plus que 20% dans le meilleur des cas, essentiellement pour LR. Mais la droite LR ne résiste pas beaucoup mieux à la naissance de LREM. Ainsi à Paris, elle pourrait ne conserver qu’un siège, perdant dès le 1er  tour celui de la 1ère circonscription pourtant très bourgeoise détenue jusqu’ici par Pierre Lellouche. Nathalie Kosciusko-Morizet est aussi en très grande difficulté avec à peine 18% des voix dans la circonscription en or détenue jusqu’ici par François Fillon et regroupant les 5e, 6e et 7arrondissements.

Le FN effondré

Avec 2,9 millions de voix, le FN a perdu les trois quarts des 10,6 millions d’électeurs qui s’étaient déplacés pour Marine Le Pen au second tour de la présidentielle. Le parti d’extrême droite recule même par rapport aux législatives de 2012 où il avait obtenu 3,5 millions de voix au 1er, tour. Un score qui n’avait permis au FN que d’obtenir 2 députés, si bien que Marine Le Pen pourrait se retrouver quasiment la seule députée fasciste à faire son entrée à l’Assemblée le 18 juin. Même le secrétaire général du parti et directeur de campagne du FN pour les législatives est éliminé du 2nd, tour, tout comme son adjoint éliminé de la circonscription de Vitrolles pourtant promise au FN par les médias. Le FN ne résiste finalement que dans ses bastions relatifs du nord et du sud-est de la France. Il est ainsi au second tour dans 22 des 33 circonscriptions du Nord-Pas-de Calais, mais toujours dans des duels qui supposent d’être élu avec plus de 50 % des suffrages exprimés, ce dont le FN s’est quasiment toujours avéré incapable partout où il a concouru.

Macron, vague haute mais marée basse

LREM met en avant des chiffres flatteurs : 28% des voix et même 32% en ajoutant son allié du Modem, l’un des deux étant qualifié pour le second tour dans 513 circonscriptions. Le pronostic est désormais celui d’une majorité plus large que jamais à l’Assemblée sous la Ve, République avec 400 députés voire plus, contre 365 pour la droite UMP après la victoire de Jacques Chirac en 2002.

Mais c’est là le fruit du rouleau compresseur médiatique et institutionnel de la monarchie présidentielle et de l’inversion du calendrier électoral. Car les faits sont têtus et on peine à déceler le moindre enthousiasme populaire pour les candidats de la majorité présidentielle. LREM et le Modem obtiennent à eux deux 7,1 millions voix (6,4 millions pour LREM seule) soit autant que … les perdants LR de 2012. Autre preuve des réticences de l’électorat, LREM ne gagne que deux petits sièges au premier tour quand le PS en gagnait 22 en 2012, et tous les ministres candidats sont mis en ballotage. La vague parait haute mais la marée électorale est basse y compris pour les candidats macronistes.

Et si on votait à la proportionnelle ?

Si les élections législatives avaient eu lieu à la proportionnelle intégrale, le président n’aurait pas obtenu la majorité absolue que le mode de scrutin majoritaire devrait leur donner le 18 juin. Il n’aurait obtenu que 197 députés soit 100 de moins que la majorité absolue et 200 moins que ce que lui attribue les projections avant le deuxième tour.

La France insoumise quant à elle aurait obtenu 63 députés sur la base de son score du dimanche 11 juin, résultat qu’elle aura du mal à atteindre avec le mode de scrutin actuel. C’est une preuve de plus du caractère profondément anti-pluraliste de la Ve République.

France insoumise : un ancrage solide et prometteur

La France insoumise s’ancre dans de nombreuses circonscriptions. Bien sûr, l’excellent score de la présidentielle n’est pas égalé notamment du fait d’une forte abstention des électeurs de Jean-Luc Mélenchon qui, selon certains sondages, aurait été les plus abstentionnistes. Mais avec 11% des voix, et 2,4 millions de suffrages, elle fait bien mieux que le Front de Gauche en 2012 et ce malgré la concurrence du PCF cette année. La FI parvient à qualifier 74 candidats au deuxième tour, soit plus que le PS par exemple. C’est une force largement implantée géographiquement (voir liste ci-dessous). Jean-Luc Mélenchon réussit quant à lui à arriver en tête dans la 4e, circonscription des Bouches-du-Rhône avec plus de 34% des voix.

Les électeurs ont enfin nettement tranché le débat entre les deux stratégies proposées aux électeurs de Jean-Luc Mélenchon. La FI obtient quatre fois plus de voix que le PCF, remporte la quasi totalité des duels imposés par lui.

Les candidats France Insoumise au 2nd tour

Alpes de Hautes-Provence : 2e Léo Walter

Ariège :  1e Bénédicte Taurine ; 2e Larive Michel

Bouches-du-Rhône : 4e Jean-Luc Mélenchon; 5e Davi Hendrik; 13e Pierre Dharréville (PC)

Charente :  1e Martine Boutin

Cher :  2e Nicolas Sansu (PC)

Dordogne :  1e Hélène Reys; 4e Emilie Chalard

Finistère :  2e Pierre-Yves Cadalen

Haute-Garonne : 1e Claire Dujardin; 2e Anne Stambach-Terrenoir ; 4e Liem Hoang Ngoc ; 6e Patrick Jimena ; 9Manuel Bompard; 10e Monique Fabre ;

Gironde : 3e Loïc Prud'homme ; 12e Christophe Miqueu

Hérault : 2e Muriel Ressiguier ; 3e Stéphane Vidal

Ille-et-Vilaine : 4e Marc Martin ; 8e Enora Le Pape

Isère : 3e Raphaël Briot

Landes : 2e Caroline Dacharry

Loire :  2e Andrée Taurinya

Loire-Atlantique : 2e Carole Malard ; 3e Martine Gourdon ; 4e Vincent Egron ; 8e Lionel Debraye

Meurthe-et-Moselle : 3e Patrice Zolfo ; 6e Caroline Fiat

Morbihan : 3e Marie-Madeleine Dore Lucas ; 5e Alexandre Scheuer

Nord : 1e Adrien Quatennens ; 2e Ugo Bernalicis

Puy-de-Dôme : 1e Alain Laffont

Hautes-Pyrénées : 1e Sylvie Ferrer

Rhône : 1e Elliott Aubin ; 3e Pascal Le Brun

Paris : 6e Danielle Simonnet ; 9e Raphaël Qnouch ; 10e Leila Chaibi ; 15e Mehdi Kemoune ; 16e Sarah Legrain ; 17e Danièle Obono

Seine-Maritime : 3e Hubert Wulfranc (PC); 6e Sébastien Jumel (PC)

Seine-et-Marne : 10e Maxime Laisney

Deux-Sèvres : 1e Nathalie Seguin

Somme : 1e François Ruffin; 2e Cédric Maisse

Vienne : 1e Céline Cuvillier

Haute-Vienne : 1e Danielle Soury

Essonne : 1e Farida Amrani ; 3e Virginie Araujo ; 10e Charlotte Girard

Hauts-de-Seine : 11e Yasmine Boudjenah

Seine-Saint-Denis : 1e Eric Coquerel ; 2e Stéphane Peu; 3e Dominique Delaunay ; 4e Marie-George Buffet (PC); 6e Bastien Lachaud ; 7e Alexis Corbière ; 9e Sabine Rubin ; 11e Clémentine Autain

Val-de-Marne: 2e François Cocq ; 10e Mathilde Panot ; 11e Djamel Arrouche

Val-d'Oise : 10e Katia Noin Ledanois

La Réunion : 2e Huguette Bello (DVG)

Français établis hors de France : 2e Sergio Coronado (écolo); 4e Sophie Rauszer ; 5e François Ralle-Andreoli

Dossier réalisé par Matthias Tavel et Laurent Maffeïs

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