Le capital a son candidat

Le sens économique de la candidature de François Fillon n'est pas encore assez apparu au grand jour. En cultivant depuis des mois la dimension culturelle de sa campagne en forme de croisade conservatrice et anti-islam, Fillon a puisé l'essentiel de sa dynamique de conviction dans le réflexe identitaire de la minorité traditionnaliste que compte encore la France. Il a compris que cette frange réac du pays était la partie de la droite la plus déterminée à prendre sa revanche après avoir manifesté en vain contre le mariage pour tous. Cette tactique a en partie dissimulé jusqu'ici une autre réalité tout aussi extrémiste de sa candidature : Fillon porte le programme le plus libéral et anti-social qui ait jamais été proposé par la droite en France. Dévoiler cette réalité économique du programme de Fillon est donc un des principaux enjeux démocratiques de la suite de la campagne présidentielle. Cela signifie concrètement de montrer qui seraient les gagnants et les perdants de sa politique, et donc quels sont les intérêts matériels qu'il défend dans la société.

Certains connaisseurs expérimentés de l'histoire de la droite ne s'y sont pas trompés. Ainsi Alain Madelin, jadis pionnier de l'extrémisme libéral en France, a-t-il déjà qualifié Fillon de "Robin des riches". Fillon propose notamment d'augmenter la TVA de 2 points et de supprimer l'ISF. Cela conduirait à un juteux hold-up des riches contre le peuple : 300 euros de TVA supplémentaires par an pris dans la poche de chaque habitant et 15 000 euros d'ISF redonnés en moyenne par an aux 340 000 contribuables les plus riches. Pour appuyer cette contre-révolution fiscale, Fillon a sorti l'artillerie lourde en prétendant dans son débat télévisé avec Juppé que le capital était taxé en France à 70 %. C'est un mensonge grossier : les taux apparents de taxation sont en effet vidés de leur sens par les niches fiscales dont bénéficient les revenus du patrimoine. Hollande n'a pas non plus tenu sa promesse de taxer le capital comme le travail. Les dividendes bénéficient d'un abattement de 40 %, même s'ils sont en apparence taxés au même taux que les salaires ! Et l'assurance vie est toujours largement exonérée, si bien qu'elle représente désormais 1 600 milliards de placements en France, dont 65 % sont détenus par seulement 10 % des ménages, soit environ 3 millions de personne. 3 millions c'est aussi le nombre de Français qui détiennent des actions. Et à peu prés le nombre de voix obtenus par François Fillon au second tour de la primaire ! La petite minorité de détenteurs du capital en France a donc son candidat. Et cela ne peut donc être celui de l'immense majorité du peuple qui ne vit que de son travail.

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