18 mars : Une marche pour la 6ème République

Entretien avec Manuel Bompard, directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon

Le 18 mars, la France insoumise organise une marche nationale à Paris pour la 6e République. Pourquoi un tel événement ?

La campagne de la France insoumise n’est pas qu’une campagne électorale. Elle s’inscrit dans une démarche de révolution citoyenne : il s’agit de permettre la réappropriation populaire du pouvoir qui est confisqué aujourd’hui par une caste de privilégiés gouvernant pour leurs propres intérêts. Ainsi, notre campagne se veut une campagne instructive, recherchant à chaque étape l’implication citoyenne. C’est le sens de la constitution du mouvement de la France insoumise, du processus collaboratif de construction du programme « L’avenir en commun » ou de la caravane pour l’égalité des droits. Dans cette dynamique, la marche nationale du 18 mars veut montrer la force du nombre qui se met en mouvement pour reprendre le pouvoir qui lui a été retiré.

Vous parlez d’une vague « dégagiste ». Pour vous la question démocratique et la 6e République sont le thème central de l’élection ?

Un mouvement de fond traverse notre pays. C’est celui du désaveu massif vis-à-vis de celles et ceux qui ont exercé le pouvoir ces dernières années. Cette vague a fracassé la primaire de la droite en chassant un ancien président de la République. Elle a percuté le scrutin interne du Parti Socialiste en empêchant le président sortant de se présenter et en balayant son premier ministre. Elle se manifeste dans des expériences comme « Nuit debout », dans le retour de la « casserole » comme outil de mobilisation populaire mais aussi dans les chiffres grandissants de l’abstention.

Bien sûr, cette lame de fond peut faire émerger des solutions politiques de natures diverses. Nous sommes dans « ce clair-obscur où surgissent les monstres ». Notre responsabilité est donc de lui offrir une issue positive : une constituante pour une 6ème République démocratique, sociale et écologique.

Pour rédiger la nouvelle constitution, vous insistez sur la nécessité d’une Assemblée constituante, pourquoi ? Comment fonctionnerait-elle ?

L’ampleur de la crise démocratique nécessite une démarche de refondation civique. Sans elle le pays ne peut se doter d’un nouveau projet émancipateur et ambitieux, car il nécessite une adhésion et une implication populaire permanente. Nous ne ferons jamais de la France la première nation écologique du monde si notre peuple n’y met pas toute son énergie.

Pour cela, le peuple français, aujourd’hui fragmenté et explosé sous le poids du capitalisme financiarisé, doit se reconstituer. Il le fera en reconstruisant ensemble la manière dont s’exerce la souveraineté populaire et en établissant les principes émancipateurs qui régissent notre République. C’est pourquoi tout rafistolage de la 5ème République par un comité d’expert, même ouvert à quelques sages ou citoyens, ne peut constituer une réponse satisfaisante. Seule la convocation d’une Assemblée Constituante, élue à la proportionnelle et incluant une partie de citoyens tirés au sort, sera une méthode à la hauteur de la situation de défiance populaire.

Pour cela, immédiatement après l’élection, Jean-Luc Mélenchon, en utilisant l’article 11 de la constitution de la 5ème République, proposera au peuple français, par référendum, d’élire une assemblée constituante. Si cette décision est prise, une élection sera organisée pour désigner les

membres de la constituante. Celle-ci siégera pendant un an à un an et demi, en ouvrant ses travaux aux contributions citoyennes, aux associations ou aux organisations syndicales.

Pendant ces travaux, les institutions de la 5ème République continueront à fonctionner : une partie de notre programme pourra donc être mis en œuvre. Puis à l’issue des travaux de l’assemblée constituante, le projet de constitution de la 6ème République sera soumis à référendum pour adoption par le peuple français.

Que répondez-vous à ceux qui disent que la question démocratique est moins importante que la question sociale ou écologique ?

Cela n’a pas de sens d’opposer la question démocratique aux enjeux sociaux ou écologiques. En effet, l’oligarchie qui tient le pouvoir dans notre pays s’est également accaparée ses richesses. Elle le fait en saccageant toujours plus notre écosystème, mettant en danger l’avenir de l’humanité. Par conséquent, il n’y aura pas de politiques sociales et écologiques dignes de ce nom sans une réappropriation populaire du pouvoir.

Un autre enjeu est de savoir si la question démocratique mobilise davantage que la question sociale ou la question écologique. Sur ces débats, je crois qu’il y a beaucoup de caricatures. Bien sûr, chaque sujet est un facteur potentiel de cristallisation et d’engagement populaire. Il n’y a pas un sujet unique de mobilisation, de prise de conscience ou de révolte. Mais toute stratégie de prise du pouvoir doit alors déterminer l’élément fédérateur qui rassemble chacune de ses revendications dans un projet commun. Je crois que le combat pour la souveraineté peut jouer ce rôle déterminant.

La campagne de la France insoumise est lancée depuis plus d’un an. Quel bilan faites-vous à cette étape ? Le 18 mars est-il un point d’orgue ou un nouveau départ pour la campagne de Jean-Luc Mélenchon ?

Le 18 mars ouvrira une nouvelle phase de la campagne. L’ensemble des candidats qui seront en lice seront définitivement connus et un mois nous séparera du premier tour de l’élection. Des millions de gens, les plus éloignés du débat politique, rentreront à cet instant dans la campagne. Ce sera le moment de convaincre un par un, en particulier celles et ceux qui se demandent si cela vaut la peine de se rendre aux urnes.

Nous pourrons nous appuyer pour cela sur les premières phases de notre campagne. Elle a permis de construire une force numérique impressionnante qui atteindra bientôt les 300 000 signataires. Un maillage territorial extrêmement dense de près de 3 000 groupes d’appui s’est patiemment constitué. Un programme a été élaboré collectivement et son chiffrage a été effectué par une équipe extrêmement précise et sérieuse. Des méthodes et des techniques de campagne (caravanes, porte à porte, porteurs de paroles, réseaux sociaux, nouveaux médias, organisation d’événements de masse, appels téléphoniques, etc.) ont été expérimentées. Du savoir-faire et de l’expérience militante ont été accumulés. Nous sommes prêts.

Le candidat du PS dit aussi vouloir une 6e République. Ne craignez-vous pas la concurrence ? Y-a-t-il un rapprochement possible ?

Benoit Hamon se prononce effectivement pour une 6ème République. Son contenu et sa méthode diffèrent sensiblement de ce que nous proposons. Ainsi, il se dit favorable au maintien d’un régime présidentiel et propose de confier la rédaction d’une nouvelle constitution à une conférence citoyenne ajoutant aux parlementaires actuels un conseil de sages (on ignore de qui il s’agit et comment ils seront choisis) et un conseil de citoyens tirés au sort (on ignore dans quelle proportion). Je crois que ces propositions cosmétiques ne sont pas en mesure de répondre à l’ampleur du mécontentement populaire.

Sur ce sujet comme sur d’autres, nous ne craignons aucune concurrence. Benoit Hamon est dans une contradiction intenable : il cherche à la fois à s’engager sur un nouveau chemin sans assumer une rupture indispensable avec le vieux monde. Nous avons dit qu’il devait trancher cette ambiguïté pour rester fidèle à la vague « dégagiste » qui lui a permis de devenir le candidat du Parti Socialiste. Il a choisi de ne pas le faire. Dont acte.

Notre objectif n’est pas de rentrer dans une concurrence avec lui mais de nous adresser au plus grand nombre. Un électeur sur deux n’a toujours pas fait son choix à moins de 50 jours de l’élection : nous voulons convaincre toutes celles et tous ceux qui cherchent vers qui se tourner d’engager avec nous le pays sur une autre voie : la 6ème République, le partage des richesses, la planification écologique, la paix, etc.

Pour abolir la monarchie présidentielle, il y aura aussi des élections législatives en juin. Où en est la France insoumise dans la préparation de ces élections ? Quel est votre objectif ?

A cette heure, la France insoumise a investi des candidats dans plus de 450 circonscriptions. C’est une belle réussite pour un mouvement nouveau et totalement engagé dans la campagne de l’élection présidentielle. Dans les autres circonscriptions, le travail se poursuit pour identifier les personnes qui porteront notre programme « L’avenir en commun » aux élections législatives.

Là où ils sont déjà investis, les candidats sont en train d’être présentés publiquement. Mais d’ici au 23 avril et au 7 mai prochain, ils ont surtout vocation à être les meilleurs porte-paroles de la campagne présidentielle. En effet, pour nous, les deux campagnes doivent être en osmose totale : c’est la condition pour qu’un succès à la présidentielle se traduise par l’élection de nombreux députés aux élections législatives pour mettre en œuvre notre programme.

Propos recueillis par Matthias TAVEL

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